Les 100 km de Millau par Christian BONNAUD

L’idée me trottait dans la tête depuis quelques années, refaire un 100 kms. Après Chavagnes en 99, j’avais envie, sans  plus, je savais que je recommencerais mais plus tard. Le marathon, c’est déjà une belle épreuve humaine, le 100, c’est quand même plus exigeant. Mais, avec le temps, et les paroles des uns et des autres, Jean-Claude surtout, mais aussi Christian, l’envie est venue, et cela a forgé le mental. En 2 006, une fête de famille m’a empêché d’y aller, et m’a évité le mauvis temps … J’en ai profité pour courir le 50 kms au Bol d’air, où j’ai été seul les 30 derniers kms, bon entraînement mental.

La décision était donc prise et la tête était préparée. Ce sera donc Millau 2 007, 36ème édition de cette épreuve « must » du 100 kms. Pour mûrir la décision, il a suffi de courir quelques semi avec de bonnes sensations, le marathon du futuroscope en un temps que je n’espérais plus à mon âge, et la chose était pliée.

J’ai donc augmenté mon rythme de sorties, de 50 à 70 kms/semaine pendant l’été (bien aidé pas l’absence de chaleur quand même). La motivation est toujours là, et les jambes suivent, je prends donc la décision de m’inscrire fin août, alors que Christian et Jean-Claude sont déjà inscrits et que Joêl nous accompagnera sur le marathon.

Nous descendons sur Millau, chacun de notre côté en fonction de nos disponibilités. Pour des raisons professionnelles, je suis le dernier à partir, avec Marianne, seulement le vendredi AM, pour arriver vers 22 heures à Millau. Nous sommes hébergés chez une amie médecin là-bas, nous loupons la remise des dossards de peu. Repas de pâtes et on se couche vers Minuit 30. Le réveil se fait tout seul à 6 H (stress !), récupération du dossard et du tee-shirt, petit déjeuner substantiel (la journée sera longue) et départ à pied (15 mn) vers le parc de départ, où l’on retrouve les copains, photos des 4 PACSISTES, on salue aussi d’autres vendéens, Hubert et quelques kékés, et d’autres … nous sommes 1 600 au départ, le soleil est au RDV, la température est idéale pour courir, un très beau 29 septembre.

Après l’enregistrement des dossards, le départ se fait en marchant (800 m) vers la vaie ligne de départ, coureurs sur la route, amis sur le trottoir, et bien sûr en musique, passage par la place du Mandarous (la place centrale de Millau), et à 10 H, c’est le vrai départ, marathoniens, et cent-bornards ensemble. Nous savons que nous avons 24 heures pour revenir au parc. Certains marchent (c’est aussi une course de marcheurs), la plupart courent. A Aguessac, au 6ème km, les suiveurs à vélo attendent les coureurs. Aucun de nous 3 n’a de suiveur, nos femmes sont libres (normal, non !) Nous restons quelques kms ensemble, et ensuite dans le train de la course j’abandonne Christian et Jean-Claude. Chacun son rythme. Pour moi, la machine tourne plutôt bien. Les ravitaillements sont complets, les bénévoles sont hypersympas. Le soleil est au RDV, c’est vraiment de profiter de la course, du paysage de la convivialité car on est loin d’être seul sur la route. A l’entrée des gorges du Tarn (Le Rosier), nous traversons celui-ci et repartons vers Millau (nous sommes au 20ème km). De l’autre côté de la rive, nous apercevons ceux qui sont restés à l’arrière, et qui vont à leur rythme.

Vers le 40ème km, à l’entrée dans Millau, j’ai une 1ère alerte corporelle (le ventre, douleurs sourdes) et au passage du marathon (dans la salle où est jugée l’arrivée), selon les dires de Marianne présente avec Marie ROY, je suis un peu pâle, mais la course continue. Je récupère au passage mon camelbak. Et me voilà reparti la course continue ! Au passage, j’ai revu sur poster le profil des 60 kms restants (pas de quoi rassurer) mais je le savais, néanmoins, ce n’est pas forcément la même chose quand on a un marathon dans les jambes. Un élément me fait plaisir, puisque j’apprends la 2ème place de Joël au marathon. Il faudra qu’il vous conte ses exploits mictionnels.

La course continue, et le ventre ne s ‘apaise pas. C’est pas terrible, je ralentis, je suis doublé bien sûr. Par contre la tête va bien, je suis dans la course, les copains aussi, et le temps est toujours beau, malgré quelques nuages qui amèneront 2 à 3 gouttes de pluie, sans plus. A la sortie de Millau, c’est la montée sous le viaduc, dure, très dure, je marche, pas vite, le ventre toujours, puis la descente en courant quand même, c’est mieux et pouvoir courir, cela conforte le moral. J’en rejoins qui m’ont doublé, ils me redoubleront sûrement, mais je vis le moment présent. C’est ainsi que je fonctionne. Une pensée au passage pour certains qui auraient bien aimé courir et ne le peuvent pas en raison de maladies, et la souffrance se fait moins intense. A ce moment-là, tu te dis que tu as la chance d’être là. Donc vivre le moment présent est indispensable. Tu es là dans une course mythique avec 1 500 coureur(e)s, à la recherche d’on ne sait quel plaisir, quelle limite, mais tu y es et tu en profites. Quand les jambes tournent (plus ou moins bien) cela n’empêche pas la tête de fonctionner, et cette tête à ce moment-là, elle est solide et elle le sera jusqu’au bout. Les jambes, le corps, tout devient douloureux, le ventre c’est pas encore ça lorsque j’entame la montée vers le col de Tiergues. Au ravito, à mi-temps, je me décide à boire une bière, ne supportant plus le sucré, ni le coca que je n’aime pas. Je prends aussi du potage et quelques petits sandwichs, pâté, fromage… Au bout de quelques kms, je m’aperçois que je ne ressens plus de douleurs de ventre, c’est super, je me suis refait une santé au 60ème km. Il y a dans cela l’effet du ralentissement d’allure, l’effet de la bière ? Je ne sais pas, mais le résultat me plaît, conforte mon cerveau et c’est alors que je revois Marianne et marie au ravito de St Rome de Cernon, elles s’aperçoivent que cela va mieux, je peux même recourir un peu dans une partie de la côte qui n’est toujours pas terminée. Je prends des nouvelles des copains (Christian n’est pas très loin, pas de nouvelles de Jean-Claude). La fin du col plus pentue s’effectue en marchant, je n’en vois d’ailleurs pratiquement aucun courir. Par contre, j’ai l’impression qu’il y a 2 vélos pour un coureur, et les portables n’arrêtent pas de sonner, bizarre ! S’agit-il toujours d’une course pédestre ?

Cela fait maintenant longtemps que nous avons croisé les 1ers (le trajet entre Millau et Saint-Affrique est aller-retour sur la même route)

, nous savons donc ce que nous allons faire au retour.

Sommet du col, ravito, Hubert est là, les filles aussi, toujours un bon mot, malgré la souffrance, un sourire, un remerciement,. Des marathoniens, avec qui j’étais le matin, sont venus nous encourager, c’est cela aussi Millau. C’est alors la descente vers St Affrique, d’abord douce, puis terrible , infernale pendant 7 kms. Un vrai casse-pattes, arrivée au ravito (70 kms), il fait encore jour. Je change de tenue (manche longue sous le débardeur), lampe frontale et c’est reparti, pour remonter ce que j’ai descendu. Je marche, tout le monde marche. Dans la montée, je croise d’abord Christian qui paraît bien . Il est optimiste, il va lui aussi se changer et un peu plus, je croise Jean-Claude qui me conte ses ennuis digestifs (vomissements), qui ont duré sur plusieurs kms, ainsi que des ennuis de pieds. Je les encourage, eux aussi, on est dans la même galère. Je me sens toujours très bien dans ma tête et à ce moment-là sûr que je vais terminer. Et de toute façon tant qu’ils sont derrière moi, je ne peux pas abandonner.

La nuit est maintenant tombée, arrivée au ravito en haut du col de Tiergues, les filles sont là, toujours avec des mots d’encouragements. On fait des projections concernant l’heure d’arrivée, car elles ont un peu froid et vont aller se  doucher. On parle de 23H 30, mais dans ce type d’épreuve rie,n n’est vraiment linéaire, vient pour moi en tout cas un moment où les jambes ne veulent plus courir, y compris en descente, et cela sera un peu après le 80ème km. Ceux qui me doublent, gentiment, essaient bien de l’accrocher à leu wagon, mais je déclin. Je préfère aller à mon allure, car si les jambes ne vont pas bien, la tête fonctionne très bien. Je sais que Christian et JC sont derrière. Je me dis même que Christian va me rejoindre (vu l’allure à laquelle je vais), mais je ne le reverrai pas avant la salle d’arrivée. Par contre, dans le 5 kms, je suis doublé par une fille de Luçon, par Henri Giraud, qui eux, réussissent à courir.

Enfin, c’est l’arrivée dans Millau, après le pont sur le Tarn, les rues, les derniers kms. Marianne m’accueille à l’entrée du parc, un peu inquiète, mais pas plus que Marie-Andrée ou Marie, dont les maris sont derrière moi. Il est Minuit et quart, et je remonte le parc, heureux, elle est à mes côtés, les gens applaudissent, je leur souris (on leur doit cela). C’est un instant qu’on imagine avant, mais qui est super, génial. Il y a du bonheur à savourer cet instant magique. Joël aussi est là. L’arrivée se fait sur le podium , avec un accueil individuel, quelques mots au micro. Ensuite, diplôme, récompense (la même pour le 1er  et le dernier), cette année une serviette.

Ensuite, des instants, pour échanger, parler, se restaurer, savourer ce plaisir. Je me sens douloureux mais très heureux.

Pendant que je mange, Christian arrive, et dit qu’il a eu froid, il s’est mis des journaux sous le maillot, et après l’arrivée, il est plutôt muet, ce qui n’est pas son habitude. Nous partons avant que Jean-Claude arrive (il fera 15H 50). Marianne est allé chercher la voiture, je ne me sens de marcher pendant 20 ou 25 minutes.

Un gramme de PARACETAMOL, une bonne douche, et la nuit fut correcte. Le lendemain, Jean-Claude et Marie remontent vers la Vendée, avec Christian, Madé et Joêl, nous allons passer la journée sur le Larzac chez nos amis (elle médecin, lui agriculteur), journée calme de découverte, et de discussion. C’était plutôt sympa. Après une bonne nuit, nous avons pris la journée du lundi pour remonter vers la Vendée

 

En conclusion, je referai un ou plusieurs 100 kms et je reviendrai probablement à Millau, je pense que vous avez compris pourquoi

 

Christian BONNAUD le 28/10/2007

Le PAC Athlétisme vous remercie de votre visite et vous invite à revenir très prochainement.