Christian nous parle du 100 km de Millau 2010
Ecrire sur Millau 2010 est un plaisir. Tous nos amis sont arrivés, de plus en forme et heureux de leur course.
Le temps nous a aidé, doux et nuageux dans la journée (à l’inverse de la grosse chaleur de 2009), la veille, pourtant, nous avons eu droit à de grosses averses froides, mais les dieux de la course à pied étaient de notre côté. Du club de Pouzauges, nous étions Neness et moi sur le 100 (Neness avait une sacrée revanche à prendre sur l’an passé, après son abandon au 92ème km sur chute, et c’était ma 2ème participation à Millau) et Marianne participait à son 2ème marathon à Millau. Avec nous, couraient aussi Bruno, le fils de Neness qui avait lui aussi une revanche à prendre sur l’an passé et Didier, un copain de Nantes, qui participait à son 2ème Millau.
Avec les accompagnateurs, cela faisait une bonne tablée pour les pâtes du vendredi soir au camping « Les Rivages » de Millau. Après une bonne nuit, toujours relative, la récupération des dossards ayant été faite la veille, nous voilà partis vers le parc de la Victoire, lieu de contrôle des coureurs et de départ en marchant vers la ligne de départ (tradition de Millau, aller en marchant vers la ligne de départ, marathoniens, cent-bornards, et accompagnants tous ensemble). C’est un moment toujours émouvant, et puis au coup de pistolet, libération des coureurs et marcheurs (certains sont très impressionnants par leur allure)
Le 1er ravitaillement a lieu à Agueyssac, et voilà les accompagnateurs à vélo qui apparaissent à partir du 6ème km (théoriquement 1/coureur, mais parfois 2 voire 3). Parfois certains oublient qu’ils sont suiveurs et auraient tendance à se faire la course entre eux (ambiance !)
Pas de vélo pour nous pour le moment, le père et le fils restent ensemble, je vais un peu en avant, chacun s’installant dans son rythme. Des kékés sont là aussi, Hubert Gautron, Jean-Michel Boiron et d’autres …. D’autres vendéens aussi dont l’organisateur de la marath’yonnaise Robert, qui me dit ne jamais être venu courir les Côtes Pouzaugeaises, par peur des côtes (étonnant d’entendre cela à Millau, vu les côtes qu’il va monter ici). Le marathon arrive, passage à la salle. Je me sens bien, toutes les côtes jusqu’à présent ont été passées en marchant afin de m’économiser (je ne suis pas le seul)
Les amis sont là, moment toujours chaleureux que ce passage, je récupère un sac à dos avec camel-bak, téléphone portable, et maillot en cas de froid, et me voilà reparti pour la 2ème partie, c’est là que démarre le 100 kms en fait, avec la fatigue emmagasinée, et les difficultés qui se profilent. Les rues de Millau sont encombrées de voitures (il me semble plus qu’il y a 3 ans), voilà Creyssels, et la côte sous le viaduc . On marche, Didier qui m’a rejoint au marathon s’envole, je ne le reverrai plus avant l’arrivée. Un peu de vent et c’est la descente vers St Georges de Luzençon, en courant, ravitaillement (le 1er de la course passe dans l’autre sens à ce moment-là) et c’est le départ pour 7 kms de faux-plat montant vers St Rome de Cernon, nous sommes au 53ème km, c’est monotone, le corps ne veut plus courir, je marche et me fais doubler. J’essaie de courir et cela ne dure que 10 à 20 pas. Je n’ai mal nulle part, mais cela ne répond pas. Je marche et je gamberge un peu, car cette route, je la connais, et je fantasme : 40 kms à marcher sur le bitume, avec la nuit et le froid ! Hubert m’a passé, Jean-Michel me passe à son tour. Cependant, je pensais voir arriver rapidement Bruno, que j’avais croisé dans Millau ( il était alors environ 2 kms derrière moi), et Neness est encore plus loin, je me dis que je vais les attendre et ensuite, on verra bien.
Bruno me rejoint au ravitaillement de St Rome, on échange, il va bien. On repart ensemble en marchant vers le col de Tiergues, où je sais que sont nos accompagnateurs. Les accompagnateurs à vélo de Nénesse et Bruno nous rejoignent dans le col (j’ai choisi de ne pas me faire accompagner). Tout cela fait du bien, il fait encore clair, je me remets à courir dans le col, c’est Monique qui me sollicite, et se propose de m’accompagner (merci à toi). La machine est remise en route. Ravitaillement au col et c’est la descente sur St Affrique, et là, je cours à nouveau toute la descente, c'est fantastique, les sensations sont là
Dans les faits, je réussirai à courir ainsi jusqu’à l’arrivée, sauf dans les côtes. C’est génial, surtout qu’en 2007, je n’ai fait que marcher à partir de Tiergues.
Une note ici, le téléphone a sonné dans la descente, un soutien, de plus, et pas n’importe lequel, Christian FORTIN, qui avait bien vu, en fonction de l’horaire où j’en étais, merci à toi
Arrivée à St Affrique, Marianne, Etienne mon fils, Monique sont là. Bruno est là aussi, et Nénesse pas loin, c’est fun. Mon sac est là, changement de maillot, prise de coupe-vent, lampe frontale, gants dans la poche, et c’est reparti. Il faut ici parler des ravitaillements qui comportent de la soupe, les petits sandwichs de fromage, jambon, pâté, en plus des habituels fruits et sucreries, et dire ici aussi la gentillesse incroyable des bénévoles
La nuit arrive progressivement, il reste environ 28 kms, et c’est à nouveau la côte, donc marche, mais je fais quelques pas en courant de temps à autre. Et dans la descente, faite de nuit, la course reprend, régulière, agréable, c’est un plaisir, et cela va continuer ainsi, je double sans arrêt des gens quasiment à l’arrêt, et qui doivent se demander d’où je sors pour courir ainsi. C’est un moment extrêmement agréable à vivre, que je n’aurais pas imaginé quelques heures auparavant. J’envoie un mot d’encouragement à chaque fois. Je croise encore des coureurs ou marcheurs, qui montent dans l’autre sens, la nuit n’est pas finie pour eux. Au niveau des repères, je sais que je suis entre le meneur des 13 H et celui des 14 H, et j’ai l’intime conviction que cela va tenir, car la tête va bien, les jambes vont bien, Bruno est derrière moi, je ne l’ai pas vu depuis St Rome de Cernon au 82ème km. A StGeorges au 90ème km, je retrouve Jean-Michel Boiron, toujours en débardeur. Il se met quand même un sur maillot, surtout que quelques gouttes de pluie se mettent à tomber. Nous repartons ensemble du ravitaillement, il ne me suit pas, voilà la côte du viaduc dans l’autre sens. A la descente qui suit, à l’endroit exact où Nénesse est tombé l’en dernier, un coureur est sur le brancard de l’ambulance !!
Et c’est la descente vers Millau, Monique et Brigitte sont là sur la route, Brigitte m’accompagne un peu, et c’est bien. Voilà le 95ème, et les kilomètres suivants qui s’éliminent les uns après les autres. Les lumières de la ville, la pancarte, le pont sur le Tarn, les rues de Millau et le dernier kilo, puis l’entrée dans le parc, encouragements, applaudissements, bravos, instants inoubliables pour tout coureur. Entrée dans la lumière de la salle, c’est fini, le speaker annonce ton arrivée. Marianne est là avec Etienne mon fils, et Didier arrivé depuis 1 heure déjà (bravo Didier) Récompenses, diplôme, embrassades. Ca y est 2ème Millau terminé, 3ème 100 km, et presque ¾ heure d’avance par rapport à 2007, malgré le passage à vide
Bruno arrive quelques minutes plus tard, et Nénesse ensuite, mais j’aurai eu le temps de me doucher et de me restaurer. J’aurai à peine le temps de le voir arriver, car Bruno en profite pour faire un malaise vagal à ce moment-là
Il faut rappeler ici, ce qui peut expliquer le succès de Millau, course difficile, s’il en est, c’est l’ambiance, les bénévoles, les ravitaillements très bien étudiés ‘ah la soupe !) et le fait qu’il n’y ait pas de podium, et la même récompense au dernier qu’au premier
Et, chose extraordinaire, le lendemain, les muscles sont tout juste sensibles, la marche est quasi-normale
Essai d’explication concernant le passage à vide : le corps paye d’avoir couru trop vite la 1ère partie de la course, j’ai pourtant passé le marathon en 4H 45 (temps habituel, 3H 45 actuellement) et c’était trop vite. A un moment donné il n’y a plus de carburant, mais comme il y avait un entraînement à priori correct, cela repart, et je vous jure, on passe alors de la gamberge à l’euphorie, du doute à la sensation de plaisir, et dans ce sens-là, je peux vous dire que c’est génial
Vous aurez compris que je suis heureux de cette course et je voudrais la dédier à Jean-Claude ROY, qui était présent à Millau, accompagné de sa femme Marie, il était inscrit, mais n’a pas pris le départ. Il était à nos côtés cependant sur la ligne, avant le coup de pistolet. Il nous a encouragé et a fait quelques pas avec nous en haut du col de Tiergues et à St Affrique. Plus de 50 cent bornes à son actif, et 10 participations à Millau, cela mérite un coup de chapeau.
Ce Millau 2010 réussi, il est pour toi Jean-Claude. Penser à toi, m’a aidé à dépasser mes doutes et mon ras le bol à certains moments de la course.
Jean-Claude, à Millau, tes amis ont couru pour toi
Christian BONNAUD

